Robert Guého Chronique des nouveautés (4) Solderie, bagagiste, optionnel, confidentialité

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Jusqu'à maintenant, nous nous sommes occupes uniquement du début des mots nouveaux. Il est temps d'examiner leur finale. Et d'abord les suffixes donnant naissance à un nom ou à un adjectif, en soulignant d'emblée que la frontière entre ces deux types de mots est très perméable et que les finales -iste, -el, -aire, -ique, que nous rencontrerons, peuvent donner l'un ou l'autre, l'un et l'autre.

Quatre suffixes me paraissent spécialement productifs:

Après ces suffixes vedettes, en voici d'autres moins fréquents, mais tout de même relativement disponibles:

Et pour clore notre liste, deux suffixes plus «savants»:

Terminons par deux remarques générales sur les suffixes que nous avons vus (et en partie aussi sur ceux que nous verrons plus tard):

1.     la forme des suffixes: un suffixe nouveau peut naître par «fausse coupe»:

-tique, -ciel, à partir de mots comme didactique, artificiel;

-ariat ajouté à des mots qui ne se terminent pas en -aire: l'interprétariat, le vedettariat (la fonction, le statut d'interprète, de vedette, «star»), ou tout récemment le «médiatariat» (avec guillemets, indice de création plus ou moins prise au sérieux: la fonction ou l'ensemble de ceux qui agissent par les médias; sans nom désignant la personne, mais on pourrait voir naître «médiataire»); -alité,

-alisme pris en bloc dans: la saisonalité du commerce (avec un seul n, cette fois; l'adjectif est saisonnier, ce qui donnerait saison(n)arité); l'«assistantialisme» de nos sociétés (la tendance à l'assistance excessive, à transformer les citoyens en assistés; sans adjectif en -el ou -al correspondant, mais virtuellement, avec le nom/adjectif parallèle: «assistantialiste»).

Ces fausses coupes, ces réaménagements, certains les critiquent évidemment. A vrai dire, le vieux suffixe -erie n'est-il pas né lui-même de er + ie (bouch-er-ie, -er étant une variante de -ier après ch et g)? Le simple -ie a tellement disparu de la conscience que Le Monde a écrit récemment non pas «une seigneurie»,. mais «une seigneurerie de l'Ordre de Malte». Erreur sans doute, mais erreur significative!

  1. le sens des suffixes: si l'on compare la composition et la suffixation, on constatera que cette dernière donne en général des mots plus courts, plus maniables, mais aussi de sens plus variable, comme on l'a vu: le suffixe -iste sera manuel ou théorique; le lectorat désignera la fonction de lecteur (d'édition, d'université), ou bien l'ensemble des lecteurs (d'un journal), tout comme le très ancien électorat s'applique historiquement à la dignité ou au domaine d'un Prince-Electeur du Saint-Empire, ou bien, aujourd'hui, à l'ensemble des électeurs dans nos démocraties. Quant au suffixe -erie, malgré sa prolifération commerciale, il reste disponible pour le sens «acte/trait caractéristique», que l'on trouve dans les mots anciens diablerie, gaucherie: je viens d'entendre à Europe. 1: colucherie, roucasserie (formés sur deux noms propres: Coluche, Roucas).

En voilà bien assez pour les suffixes nominaux et adjectivaux; ou plutôt non: je n'ai pas encore examiné -action, -age, -eur/-ateur... Mais ils se rattachent à des verbes et c'est à la chronique n° 5 que nous nous demanderons s'il vaut la peine d'aller voir un vieux film maintenant colorisé, refait par colorisation, ou s'il vaut mieux regarder le journal télévisé pour vérifier que le découplage entre la France et l'Allemagne ne s'est pas aggravé.

Remarque – Juin 2004

Le suffixe –erie est même passé en Allemagne (ou revenu: il y avait déjà Fasanerie, Orangerie). Tout au moins dans la région frontalière: j’avais déjà relevé à Trèves Petite condomerie! Et je viens de voir dans un grand magasin de Sarrebruck: Glasserie! Par ailleurs, à la liste des mots informatiques en –el, il convient d’ajouter maintenant le courriel, qui remplace de plus en plus souvent le mail.