Dev Krishnan Anil
Institution
Université du Witwatersrand, Afrique du Sud
Superviseur
Prof. Michelle Williams, Université du Witwatersrand
Prof. Christoph Scherrer, Université de Kassel
Cluster de recherche
3 - Partenariat en matière de production de connaissances
Titre du projet de thèse
Democracy in Practice: Collective Action, Social Solidarity and Local Development in Kerala, India
Abstract
La trajectoire historique de l'accumulation capitaliste met en évidence un processus incessant de dépossession des droits, d'empiétement sur les ressources et de déplacement des populations hors de leurs propres habitats. Ces dernières décennies ont été marquées par une offensive incessante du capital contre la petite production dans les pays du Sud. Les petits agriculteurs et les agriculteurs marginaux du Sud ont été les principales victimes de ce processus, exacerbé par la mondialisation néolibérale. Ils ont été appauvris chez eux, marginalisés par rapport à leurs terres et privés de tout contrôle sur les ressources naturelles, ce qui les a empêchés de tirer un revenu décent de l’agriculture (Patnaik, 2003). Dans des pays comme l’Inde, les revenus des petits agriculteurs et des agriculteurs marginaux ont connu un déclin progressif depuis les réformes économiques de 1991, tandis que la base de ressources s’amenuisait rapidement. L’accaparement des terres par les grandes entreprises, la réduction des subventions, l’augmentation du coût des intrants et la répartition inéquitable de la prospérité agricole au sein du secteur rural ont tous conduit à un exode forcé des petits agriculteurs, des milliers d’entre eux ayant mis fin à leurs jours par le suicide. Une solution à cette crise dépasse le cadre du modèle de croissance adopté par l’Inde depuis plusieurs décennies.
C’est dans ce contexte qu’une approche alternative du développement, assortie d’une vision alternative de la résolution de la question agraire, mérite d’être approfondie. Alors que la mondialisation néolibérale envahit l’ensemble du Sud global, les questions de souveraineté nationale et de domination impérialiste doivent faire partie intégrante du débat sur la question agraire. Une telle approche nécessite de considérer la paysannerie comme un acteur du développement dans les pays du Sud, en mettant l’accent sur le rôle de l’État dans la régulation et la protection des marchés face aux attaques des entreprises et de l’impérialisme, tout en s’efforçant de coopérativiser la production paysanne (Moyo, Jha et Yeros, 2013).
Nombreux sont ceux qui ont fait valoir qu’une approche collective de l’agriculture, par le biais de réseaux de production coopérative agricole ascendants, offre des perspectives considérables pour la réduction de la pauvreté, l’autonomisation des plus démunis et l’amélioration de la productivité agricole (Karatepe & Scherrer, 2019). La mission Kudumbashree, dans l’État du Kerala en Inde, constitue un modèle de coopération couronné de succès dans les conditions difficiles qui prévalent dans les pays du Sud. Lancée à l’origine comme une mission de lutte contre la pauvreté par le gouvernement de l’État, Kudumbashree s’est développée pour devenir le plus grand mouvement d’Asie en faveur de l’autonomisation socio-économique des femmes. Bien que des études aient été menées sur la réussite de Kudumbashree dans divers secteurs, aucune analyse approfondie des groupes agricoles collectifs de Kudumbashree n’a encore été réalisée. Si quelques études ont mis en évidence l’impact des fermes collectives de Kudumbashree sur l’amélioration de la productivité et de la durabilité agricoles (Venktraman, 2014) (Appukuttan, 2018) (Anand & Maskara, 2014) (Kumaramkandath & Verghese, 2016), il est nécessaire d’approfondir l’analyse du modèle Kudumbashree, des changements qualitatifs qu’il a induits dans les conditions de vie matérielles de ses membres et du potentiel qu’il offre en tant qu’approche transformatrice du développement. La présente étude s’efforcera donc d’approfondir ces thèmes et d’expliquer plus en détail le modèle d’agriculture collective de Kudumbashree.